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Syndics : cadre légal et envoi sécurisé d’une mise en demeure

Syndic mise en demeure

📄 Résumé de l’article

  • La mise en demeure en copropriété doit respecter des règles juridiques strictes pour être valable. 
  • Son contenu doit être précis sous peine d’irrecevabilité devant un tribunal.
  • L’avis électronique AR24 modernise et sécurise l’envoi avec des preuves opposables.

En tant que syndic, vous êtes régulièrement confronté à des situations délicates : impayés de charges qui s’accumulent, travaux non autorisés dans les parties communes, nuisances répétées malgré vos rappels. La mise en demeure constitue alors votre outil juridique de première ligne, mais c’est aussi un piège potentiel si elle est mal utilisée. 

Un vice de forme peut vous contraindre à reprendre toute la procédure depuis le début, avec des mois de retard et des frais supplémentaires à la charge de la copropriété. La Cour de cassation a récemment renforcé les exigences dans son avis du 12 décembre 2024 (pourvoi n° 24-70.007), rappelant que toute imprécision peut entraîner l’irrecevabilité de la demande. 

Ce guide détaille le cadre légal précis, les erreurs jurisprudentielles qui coûtent cher, et les solutions modernes pour sécuriser vos envois. 

Sommaire :

 

Le cadre légal de la mise en demeure en copropriété 

L’article 19-2 de la loi du 10 juillet 1965 

La mise en demeure dans le cadre du recouvrement des charges est encadrée par l’article 192 de la loi du 10 juillet 1965. Cette disposition impose au syndic de mettre en demeure le copropriétaire défaillant avant d’engager une action judiciaire. 

Si cette étape n’est pas respectée ou si la mise en demeure est irrégulière, le juge peut déclarer la procédure de recouvrement irrecevable. C’est ce que rappelle notamment la Cour de cassation dans son avis du 12 décembre 2024, qui précise que la procédure dépend d’un formalisme strict. 

Votre pouvoir d’agir sans autorisation de l’AG 

Pour recouvrer les charges impayées, vous n’avez pas besoin d’un vote en assemblée générale. La loi vous confère ce pouvoir en tant que mandataire du syndicat. Vous devez même agir, sous peine d’engager votre responsabilité pour négligence dans la gestion. 

En revanche, pour des infractions au règlement de copropriété (nuisances, travaux illicites), vérifiez si votre mandat ou le règlement intérieur vous autorise à agir seul ou si l’AG doit se prononcer. 

Dans quels cas envoyer une mise en demeure en copropriété ?

Impayés de charges

Dès qu’une provision trimestrielle ou annuelle n’est pas réglée à sa date d’exigibilité, vous devez agir. Le processus standard : 

  • Jour J : la provision est exigible 
  • J+15 à J+30 : relance amiable par courrier simple ou email 
  • J+45 à J+60 : mise en demeure si aucun règlement ni plan d’apurement accepté 
  • J+90+ : action judiciaire possible 

Ne laissez pas les impayés dépasser 3 trimestres. Plus vous attendez, plus le recouvrement devient complexe et coûteux pour la copropriété.

Travaux non autorisés

Installation d’une climatisation en façade, modification d’un balcon, percement de murs porteurs… Si un copropriétaire effectue des travaux sans autorisation de l’AG alors qu’ils affectent les parties communes ou l’aspect extérieur, la mise en demeure permet de : 

  • Documenter officiellement l’infraction 
  • Exiger la remise en état dans un délai précis 
  • Préparer une action judiciaire si nécessaire

Infractions au règlement de copropriété

La mise en demeure peut également être utilisée lorsque le copropriétaire enfreint le règlement de copropriété (bruit, travaux non autorisés, occupation abusive des parties communes). Dans ces cas, elle documente formellement le manquement et fixe un délai pour la régularisation avant toute autre action.

Refus d’accès pour travaux urgents

Lorsqu’un copropriétaire refuse l’accès à son lot pour des travaux votés en AG ou des réparations urgentes dans les parties communes, la mise en demeure établit sa responsabilité. 

Les 7 mentions obligatoires d’une mise en demeure valable 

Pour être valide, une mise en demeure doit inclure plusieurs mentions essentielles : 

1. Vos coordonnées complètes

Nom du syndic (professionnel ou bénévole), adresse complète, numéro de carte professionnelle si syndic professionnel.

2. Identité précise du destinataire

Nom, prénom, adresse complète, identification du lot concerné. Si le copropriétaire est une personne morale, indiquez sa raison sociale et son représentant légal.

3. L’objet détaillé du litige

L’erreur fréquente est d’écrire « impayés de charges » sans détailler. Vous devez préciser : 

  • Quelles provisions (dates, trimestres) 
  • Les montants exacts ligne par ligne 
  • La période concernée 
  • Le solde total dû 

Pour des travaux ou infractions : description factuelle précise avec dates et références au règlement de copropriété.

4. Le fondement juridique

Citez les textes applicables : 

  • Article 19-2 de la loi du 10 juillet 1965 pour les charges 
  • Articles précis du règlement de copropriété pour les infractions 
  • Résolution de l’AG si applicable

5. Le montant réclamé (si applicable)

Détaillez : 

  • Principal (charges impayées) 
  • Intérêts de retard (taux conventionnel ou légal) 
  • Frais de relance éventuels déjà engagés 

6. Un délai précis et raisonnable

« Dans les plus brefs délais » n’est pas juridiquement valable. Indiquez un délai en jours calendaires : 

  • 8 à 15 jours pour un paiement de charges 
  • 15 à 30 jours pour une remise en état de travaux mineurs 
  • 30 jours ou plus pour des travaux complexes 

Le délai doit être proportionné à la nature de l’obligation.

7. La mention « mise en demeure »

Elle doit apparaître explicitement dans l’objet ou le corps du courrier. Sans ces mots, votre courrier peut être requalifié en simple rappel, sans valeur juridique suffisante. 

L’omission de l’un de ces éléments peut compromettre la validité de l’acte et rendre une procédure judiciaire plus difficile à engager. Au-delà de ces obligations, le ton utilisé dans le courrier doit rester neutre et factuel. Le but est d’informer le copropriétaire, sans créer de tension excessive, tout en protégeant la responsabilité du syndic. 

Les 3 erreurs qui invalident votre mise en demeure en tant que syndic 

Erreur n°1 : Montants imprécis ou globalisés 

Jurisprudence : Cass. 3e civ., avis du 12 décembre 2024, n° 24-70.007 

La Cour de cassation a posé un principe clair : « la mise en demeure visée à l’article 19-2 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 doit indiquer avec précision la nature et le montant des provisions réclamées au titre du budget prévisionnel de l’exercice en cours ou des dépenses pour travaux non comprises dans ce budget, à peine d’irrecevabilité. » 

Application concrète : Cour d’appel de Grenoble, 25 février 2025 

La cour a déclaré irrecevable une demande en paiement de charges car la mise en demeure mentionnait un « montant global de charges de copropriété impayées » sans distinguer les provisions des charges échues. 

À éviter : « Vous devez 2 450 € de charges impayées » 

Recommandé : 

  • Provision T1 2024 (budget prévisionnel) : 650 € 
  • Provision T2 2024 (budget prévisionnel) : 650 € 
  • Provision T3 2024 (budget prévisionnel) : 650 € 
  • Intérêts de retard (taux 5%) : 50 € 
  • Total : 2 000 € 

Erreur n°2 : Absence de délai ou délai déraisonnable 

Principe jurisprudentiel 

Bien qu’aucune jurisprudence française en copropriété ne fixe précisément ce qui constitue un « délai déraisonnable », les tribunaux se réfèrent au principe général selon lequel le délai doit permettre au débiteur de régulariser sa situation. Un délai trop court peut être jugé abusif. 

À éviter : Donner 48h pour payer 5 000 € peut être jugé déraisonnable 

Délais recommandés : 

  • 8 à 15 jours pour un paiement de charges courantes 
  • 15 à 30 jours pour une remise en état de travaux mineurs 
  • 30 jours ou plus pour des travaux complexes 

Erreur n°3 : Fondement juridique absent ou erroné 

Jurisprudence : Cour d’appel d’Aix-en-Provence, décembre 2023 

La cour a déclaré irrecevable une action en recouvrement avec cette motivation : « Il doit être constaté que cette mise en demeure qui ne comporte aucun visa de l’article 19-2, qui instaure pourtant une procédure dérogatoire de recouvrement de charges emportant des conditions et des conséquences spécifiques, ne constitue pas une interpellation suffisante pour le débiteur de charges de copropriété, lequel n’est d’ailleurs informé ni du délai qu’impose cet article 19-2, ni de la sanction encourue d’exigibilité immédiate des provisions non encore échues du budget prévisionnel. » 

Conséquence : Le défaut de mention de l’article 19-2 et de ses conséquences peut entraîner l’irrecevabilité, même si le montant est correct. 

Comment envoyer votre mise en demeure ? 

Même la meilleure mise en demeure reste inefficace si son envoi n’est pas sécurisé. Les contestations les plus fréquentes concernent la non-réception du courrier, ce qui peut retarder ou annuler la procédure. 

La lettre recommandée avec accusé de réception 

Traditionnellement, la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) a longtemps été le standard. Cependant, ce mode présente des inconvénients : délais postaux, coûts élevés et gestion administrative lourde, notamment pour les syndics gérant plusieurs copropriétés ou les syndics bénévoles. 

L’avis électronique AR24 

Depuis l’évolution du cadre légal applicable à la copropriété, le syndic peut désormais notifier des mises en demeure par voie électronique sans recueillir l’accord préalable des copropriétaires. Cette possibilité résulte de l’article 38 de la loi n°2024-322 du 9 avril 2024, qui reconnaît pleinement la valeur des notifications électroniques lorsqu’elles sont transmises par un procédé fiable. A condition que le mode d’envoi permette d’établir la date d’expédition, de réception, ou le cas échéant, de refus de réception. 

 

Critère  LRAR (Lettre recommandée avec AR)  Avis électronique AR24 
Coût  A partir de 7,36€  2,29 € HT 
Délai  2 à 5 jours ouvrés  Instantané 
Valeur juridique  Opposable  Opposable 
Preuve  AR papier ou électronique  Horodatage certifié électronique 
Gestion administrative  Dépôt, suivi et archivage manuel  Centralisée et automatisée 
Archivage  Physique à conserver 10 ans  Numérique pendant 1 an
Prérequis  Adresse postale  Adresse email 

 

Que se passe-t-il après l’envoi de la mise en demeure ? 

Si le copropriétaire régularise, le problème est résolu. Conservez tous les documents (mise en demeure, preuve d’envoi, justificatif de paiement) pendant 10 ans minimum. 

S’il propose un échéancier, vous pouvez accepter un plan d’apurement formalisé par écrit. Attention : en cas de non-respect, une nouvelle mise en demeure sera nécessaire avant toute action judiciaire. 

En l’absence de réponse à l’expiration du délai, engagez une procédure d’injonction de payer (impayés), une assignation au tribunal (infractions au règlement), ou une inscription d’hypothèque provisoire selon les montants. 

Le copropriétaire peut contester le montant, le fondement juridique ou nier la réception. D’où l’importance de conserver les preuves, d’avoir rédigé une mise en demeure complète et de disposer de toutes les pièces justificatives (décomptes, résolutions d’AG, constats). 

 

Mise en demeure du syndic : ce qu’il faut retenir

  • La mise en demeure est un acte juridique clé pour le syndic. 
  • Sa validité dépend du contenu et du mode d’envoi. 
  • Le recommandé papier reste fiable mais présente des limites opérationnelles. 
  • L’avis électronique AR24 offre une alternative sécurisée et opposable. 

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FAQ : Mise en demeure syndic 

Une mise en demeure envoyée par email est-elle valable ? 

Non, un email simple ne fournit pas de preuve suffisante et peut être contesté. 

L’avis électronique AR24 a-t-il la même valeur qu’un recommandé papier ? 

Oui, AR24 est juridiquement opposable et reconnu par les tribunaux pour les notifications des convocations d’AG, l’envoi des PV d’assemblée générale, et les mises en demeure par le syndic. 

Un copropriétaire peut-il refuser une mise en demeure électronique ? 

Oui, mais le refus est tracé et constitue une preuve légale. 

Quel délai accorder dans une mise en demeure pour impayés ? 

Entre 8 et 15 jours. Un délai trop court (2-3 jours) peut être jugé déraisonnable, un délai trop long (30+ jours) ralentit le recouvrement.